Le tabac : quelques données sur 7 secondes de plaisir.

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La plante
Le mot tabac désigne à la fois la plante cultivée pour ses feuilles et les produits manufacturés issus de leur transformation. Le tabac, dont le genre botanique, Nicotiana, fut nommé en 1735 par Linné, appartient à la famille des Solanacées. C’est une plante originaire d’Amérique du Sud. Le genre Nicotiana comporte une cinquantaine d’espèces, le plus souvent annuelles, dont la taille va de 25 cm à 5 m de haut. Les tabacs cultivés sont inconnus à l’état sauvage. Il en existe deux espèces principales, Nicotiana tabacum et N. rustica. Les feuilles de la première, simples et entières mesurent jusqu’à 50 cm de long Elles contiennent plusieurs alcaloïdes dont le principal, la nicotine, est présente à une concentration de 0,5 % à 5 % du poids sec. N. rustica est utilisé pour extraire la nicotine de ses feuilles et ses graines fournissent de l’huile.

Le tabac est consommé sous forme de préparations destinées à être fumées (tabac à pipe, à rouler, cigarettes, cigares), à être inhalées en prise nasale (tabac à priser) ou mâchées (tabac à chiquer). Si aujourd’hui les cigarettes constituent la forme de loin la plus consommée, il n’en a pas toujours été ainsi. Ainsi, jusqu’au début du vingtième siècle, c’est le tabac à chiquer qui occupait la première place.

La nicotine et ses effets
Les effets psychoactifs du tabac proviennent de son principal alcaloïde, la nicotine, mais de multiples substances chimiques, libérées notamment dans la fumée par la combustion du tabac, sont responsables de divers effets sur la quasi totalité des organes.

La nicotine est l’un des poisons les plus violents qui existe. Ainsi, une dose comprise entre 30 et 50 milligrammes suffit pour tuer un homme. Inhalée en plus petites quantités, elle peut entraîner de nombreuses conséquences graves. Le fumeur cherche avant tout son effet sur le cerveau, qui peut être calmant ou excitant selon l’état d’esprit du fumeur et la quantité de nicotine absorbée. La nicotine est surtout un stimulant du système nerveux central (SNC), au même titre que la cocaïne, les amphétamines, la caféine et le khat.

Son inhalation avec la fumée de cigarette provoque une vasoconstriction des artères coronaires, accélère le pouls, augmente la pression artérielle et augmente le débit cardiaque.

Ces effets cardio-vasculaires sont moindres ou absents quand la dose de nicotine est régulière (timbre, gomme).

Elle augmente la concentration sanguine en acides gras et l’adhésion plaquettaire ce qui est un facteur de risque de thrombose artérielle. Elle diminue l’appétit et a un très léger effet euphorisant. Elle baisse le taux d’œstrogènes conduisant à une ménopause plus précoce et à une ostéoporose post ménopausique plus intense (risque de fractures + + +).

Ce qui est écrit sur le paquet ne correspond pas à ce qu’il a dans une cigarette. Même s’il est indiqué 1 ou 0,2 mg sur le paquet, il y a environ 12 mg de nicotine dans chaque cigarette. En effet, c’est dans la fumée que sont mesurés les contenus par cigarette, mais chacun fume à sa façon : le simple fait de boucher les aérations du filtre avec les doigts peut multiplier par 10 le taux de nicotine.

Autres substances
La fumée qui se dégage lors de la combustion du tabac n’est pas une substance homogène.

Elle est composée de plus de 4000 substances dont la nature et les concentrations varient en fonction du type de tabac (brun, blond,..), de son mode de séchage, des différents traitements appliqués ainsi que des additifs utilisés et du mode de consommation.

Les constituants de la fumée de cigarette sont contenus dans ses phases gazeuse et particulaire. Voici quelques-uns de ses principaux constituants :

    • Les goudrons (benzopyrènes) sont de puissants cancérogènes et mutagènes qui provoquent des cancers en altérant l’ADN et en provoquant en particulier des mutations du gène de la protéine P53 (inhibitrice de tumeur). Par ailleurs les goudrons participent à la paralysie des systèmes d’épuration pulmonaires, endommagent les alvéoles pulmonaires, et diminuent l’efficacité du système immunitaire.
    • Le monoxyde de carbone lèse la cellule endothéliale des artères et génère l’athérosclérose. Il aggrave les conséquences des sténoses des artères coronaires. En raison de l’hypoxie il augmente le risque d’accidents ischémiques. Il se fixe à la place de l’oxygène sur la myoglobine du muscle (demi-vie : 6 heures) et se fixe 200 fois mieux à l’hémoglobine que l’oxygène, diminuant ainsi l’oxygénation des muscles striés et du sang.

Associations

Chez la femme prenant des contraceptifs oraux il y a une attention particulière à avoir par rapport au tabac. En effet, le risque d’accident vasculaire cérébral chez la femme jeune est augmenté par le tabac et par la prise d’oestroprogestatifs. La prise concomitante des 2 est associée avec un risque multiplicatif d’accident vasculaire cérébral ainsi que de thromboses.Une autre association connue est celle du tabac et de l’alcool. Les fumeurs boivent plus que les non fumeurs. De plus, chez l’alcoolique, le tabac est responsable de 50 % de la mortalité et l’alcool de 30 % environ.

Autres effets sur la santé
En plus des risques très augmentés de maladies cardio-vasculaires, de cancers de l’appareil ORL et des poumons, ainsi que d’emphysème pulmonaire (perte de l’élasticité du tissu pulmonaire conduisant à une perte de plus en plus importante de la capacité respiratoire), le tabac a également d’autres actions. Citons en vrac une altération de la voix, de l’odorat, et de la peau par destruction des fibres élastiques de celle-ci. Sur le plan de la fertilité, la spermatogenèse est diminuée chez les fumeurs. De plus 80 % des impuissances se retrouvent chez des sujets fumeurs. Chez la femme on note également une diminution de la fertilité.

Lien entre anxiété-dépression et tabagisme
Les liens sont bien établis entre tabagisme et dépression. On retrouve chez les grands fumeurs une fréquence élevée de la dépression que ce soit dans les antécédents, ou actuelle.Il est important d’être attentif à une décompensation possible après l’arrêt du tabac avec ou sans traitement substitutif.

Effets du tabagisme passif
Les enfants de parents fumeurs présentent des infections ORL plus fréquentes. Si l’enfant est asthmatique, ses symptômes peuvent être aggravés. De façon plus générale, l’enfant va développer des quintes de toux nocturnes.

Une femme enceinte fumeuse a plus de risques d’avortement spontané, complications de la grossesse et de bébés avec un petit poids de naissance. Le risque de mort subite du nourrisson est plus important.

Chez l’adulte, les effets aigus sont une irritation des yeux, du nez, de la toux, des nausées et des maux de tête. En ce qui concernent les maladies cardio-vasculaires, on relève une augmentation d’environ 30 % des atteintes coronariennes ou d’infarctus du myocarde parmi les non-fumeurs vivants avec un fumeur. Pour le cancer du poumon, un tiers des cas parmi les non-fumeurs seraient lié au tabagisme passif.

La dépendance

La nicotine est une drogue toxicomanogène puissante et la dépendance au tabac est reconnue comme un désordre mental et comportemental selon la classification de l’OMS.La nicotine met 7 secondes pour passer des alvéoles au cerveau : c’est un shoot 2 fois plus vite qu’une intra veineuse !! Un fumeur prend une dizaine de shoots par cigarette : cet effet shoot crée et entretient la dépendance.
La nicotine est absorbée rapidement au niveau des poumons, passe dans le sang et est transportée notamment vers le cerveau. Elle produit son effet en quelques secondes. Les effets positifs des shoots de nicotine sont variables selon les fumeurs : plaisir, gestion du stress, soutien pour le moral (effet antidépresseur), concentration intellectuelle.
Le fumeur s’habitue à gérer ses moments de la vie quotidienne avec la cigarette. Il renforce alors sa dépendance comportementale et sa dépendance pharmacologique.

Symptômes de sevrage et arrêt du tabac
Quelle que soit la durée du tabagisme, il est toujours intéressant d’arrêter de fumer pour améliorer la durée et surtout la qualité de la vie. L’arrêt du tabac va améliorer plus ou moins rapidement la plupart des problèmes cités ci-dessus. Par exemple, l’odorat commence à s’améliorer après 3 jours d’arrêt environ. Le risque d’avoir un infarctus du myocarde est réduit de moitié au bout d’un an d’arrêt. Le risque d’avoir un cancer du poumon est très nettement diminué après 5 ans d’arrêt.

En raison du haut pouvoir addictogène de la nicotine engendrant une dépendance importante, le syndrome de sevrage débutent dans les 2 à 48 h qui suivent l’arrêt du tabac, est maximum dans les 2 à 3 jours et décroît progressivement sur un mois. Les symptômes les plus fréquemment décrits sont le craving (besoin impérieux de fumer qui dure max. 5 minutes), l’irritabilité, les troubles de concentration, les troubles de sommeil, l’anxiété, la dépression, la fatigue, les céphalées, la constipation ainsi que la prise de poids.

Les chances de succès de l’arrêt du tabac sont nettement améliorées par la prise de substituts nicotiniques. La nicotine contenue dans les substituts nicotiniques se libère plus lentement et n’est donc pas accompagnée de l’effet shoot décrit lors de l’inhalation de la fumée de cigarette.


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